Mathématicien et astronome français (Saint-Lô, 1811 — Paris, 1877)
Après
huit ans de bonnes études au collège de
Saint-Lô, mais qui ne laissaient pas deviner le calculateur
exceptionnel qu'il allait devenir, Urbain Le Verrier entra au
collège royal de Caen. Il s'y adonna en priorité
à l'étude des mathématiques et y
prépara le concours d'admission à
l'École polytechnique, où il fut admis en 1831.
Deux ans plus tard, il travaillait au laboratoire de chimie de
Gay-Lussac lorsque, aspirant au poste de
répétiteur de chimie de l'École
polytechnique, il dut accepter celui de
répétiteur de
«géodésie, astronomie et
machines». C'est alors qu'il commença à
se consacrer à cette mécanique céleste
dont il devait tirer sa gloire. Dès 1839, il publia son
premier mémoire astronomique sur les variations
séculaires des orbites des planètes. Ces premiers
travaux lui valurent, en 1841, la chaire d'astronomie de
l'École polytechnique. Surtout, ses travaux
attirèrent l'attention de François Arago, qui, en
1845, lui proposa de travailler au problème du mouvement de
la planète Uranus, découverte au
télescope par William Herschel en 1781, en lui
«représentant» que le
désaccord des positions de cette planète
«imposait à chaque astronome de concourir, autant
qu'il était en lui, à en éclaircir
quelque point»
L'orbite observée d'Uranus présentait en effet
avec l'orbite calculée des écarts qui restaient
inexpliqués. Le Verrier s'attaqua au problème au
début de l'été 1845. Traitant le
problème inverse de celui des perturbations il publia, entre
entre novembre 1845 et septembre 1846 quatre mémoires
donnant les éléments de l'orbite d'une
planète hypothétique supposée produire
sur Uranus l'effet perturbateur observé. Le 18 septembre
1846, Le Verrier envoya ses calculs à Galle, directeur de
l'observatoire de Berlin. Le 23 septembre 1846, jour même
où il avait reçu de Le Verrier une lettre
précisant la position de cet objet, l'astronome berlinois
observait l'astre prédit dans la zone du ciel
indiquée par Le Verrier. Devant l'Académie des
sciences, où Le Verrier avait été
reçu en janvier 1846 à la place
laissée vacante par le décès de
Cassini IV, Arago s'exclama : «M. Le Verrier a vu un astre au
bout de sa plume !» (Un jeune mathématicien
britannique, J.C. Adams [1819-1892] avait fait des calculs analogues,
moins précis mais qui aurait suffi à faire
découvrir la planète si les astronomes de
Cambridge avaient été plus diligents dans
l'analyse de leurs observations.)
La découverte de cette nouvelle planète, qui fut
baptisée Neptune, eut un immense retentissement ; par la
façon dont elle fut obtenue, elle constitue un fait marquant
de l'histoire des sciences, et qui fit la gloire de Le Verrier. Le
gouvernement de Louis-Philippe, soucieux de
bénéficier de la popularité du savant,
demanda à celui-ci un plan pour la recherche astronomique.
Ce plan, déposé en février 1847,
décrit assez précisément le propre
plan de travail de Le Verrier, qui d'ailleurs sera effectivement
mené à bien en trois décennies, et il
suppose presque explicitement que son auteur se trouve placé
à la tête de l'Observatoire !
Cette ambition, qui se heurtait à l'autorité
d'Arago, membre du gouvernement provisoire en 1848, ne fut pas
immédiatement satisfaite; mais, s'étant
rallié avec zèle au Second Empire, Le Verrier,
qui fut nommé sénateur dès janvier
1852, fit naturellement partie de la commission officielle qui,
à la mort d'Arago, devait se pencher sur la
réorganisation de l'Observatoire de Paris. Sa proposition de
séparer l'Observatoire du Bureau des longitudes fut
entérinée par décret, le 30 janvier
1854; le lendemain, Le Verrier en fut enfin nommé directeur,
avec les pouvoirs étendus qu'il souhaitait…et
avec les augmentations de traitement qu'il demandait.
Mais bientôt, son caractère autoritaire, ses
façons hautaines, les vexations continuelles qu'il imposait
au personnel placé sous ses ordres, les suspensions
arbitraires de traitement, et le renvoi d'astronomes
installés par Arago lui aliénèrent la
sympathie des astronomes, lassés de cette dictature, et
finirent par attirer l'attention du gouvernement. Une commission fut
désignée pour enquêter, la
polémique gagna la place publique et, lorsqu'en janvier 1870
quatorze astronomes de l'Observatoire
démissionnèrent collectivement, le
ministère fut amené à intervenir en
relevant Le Verrier de ses fonctions. Il fut remplacé un
mois plus tard par Charles-Eugène Delaunay.
Après la mort de ce dernier, au début de 1873, Le
Verrier fut rétabli dans ses fonctions… non sans
que, dans le même temps, la publication d'un
décret «relatif à l'organisation
générale des observatoires
astronomiques» vînt prévenir
désormais le retour de toute
«dictature». Ses ennemis étaient morts
et c'est donc paisiblement que Le Verrier, malade, put achever les
Tables de Satume et la Théorie de Neptune avant de mourir
à son tour, le 23 septembre 1877, jour anniversaire de sa
découverte de Neptune.
«L'œuvre de Le Verrier est avant tout
constituée par ce travail mathématique
considérable qu'a été
l'élaboration de théories cohérentes
pour les mouvements des planètes ; pendant plus d'un
siècle ces théories ont servi de base au calcul
des Tables, publiées annuellement, des positions du Soleil
et des planètes. Le seul désaccord
irréductible que Le Verrier relevait dans la comparaison
entre l'observation et les orbites calculées
était un résidu de 38" pour le mouvement
séculaire du périhélie de Mercure.
C'est précisément ce résidu,
confirmé et à peine modifié, qui
devait fournir un demi-siècle plus tard la
première preuve matérielle de la
théorie de la relativité
générale. Cela, et la découverte de
Neptune, situe la qualité des travaux de Le Verrier.
» (Observatoire de Paris).